Monsieur THERET,
Si nous avons demandé la tenue de cette réunion extraordinaire, c’est parce que la hausse du prix des carburants pèse directement sur le budget des salariés qui doivent se déplacer chaque jour pour venir travailler.
Pour beaucoup d’entre eux, il ne s’agit pas d’une dépense facultative. Ils n’ont pas d’autre choix que de prendre leur véhicule pour rejoindre le site. Et plus la distance domicile-travail est importante, plus l’impact sur leur budget est lourd. Cette hausse vient s’ajouter aux dépenses du quotidien : alimentation, logement, énergie et charges courantes.
Pour mesurer cette situation, nous avons retenu une base de calcul simple : une consommation de 7 litres aux 100 kilomètres et une hausse du carburant de 0,65 euro par litre. Avec 20 jours travaillés par mois, un salarié parcourant 80 kilomètres aller-retour supporte ainsi environ 73 euros de surcoût carburant mensuel et pour 120 kilomètres, ce montant dépasse 109 euros.
Ces montants ne comprennent ni l’entretien, ni l’assurance, ni l’usure du véhicule, ni les péages ou le stationnement. Nous parlons donc bien d’une dépense supplémentaire qui réduit directement le pouvoir d’achat des salariés.
Face à cette situation, nous estimons que l’entreprise doit prendre sa part de l’effort. C’est pourquoi nous portons trois propositions complémentaires.
Premièrement, la mise en place d’une indemnité de déplacement.
Nous demandons une indemnité calculée selon un barème progressif tenant compte de la distance domicile-travail. Cette compensation doit être concrète, lisible et accessible aux salariés obligés de venir sur site, qu’ils travaillent en atelier, dans les bureaux ou dans les équipes.
Notre tableau de calcul constitue une base objective pour discuter des montants. Nous attendons de la Direction qu’elle examine plusieurs scénarios chiffrés et nous fasse une proposition dans un délai précis. Il ne s’agit pas de laisser les salariés supporter seuls cette hausse, alors qu’ils n’ont pas la maîtrise du prix du carburant ni toujours la possibilité de réduire leurs déplacements.
Deuxièmement, le renforcement du télétravail jusqu’à deux jours par semaine lorsque l’activité le permet.
Chaque journée de télétravail évite un aller-retour et permet de réduire les dépenses de carburant. Lorsque les missions peuvent être réalisées à distance, cette possibilité doit être facilitée, selon des critères clairs et équitables.
Nous savons parfaitement que tous les métiers ne sont pas télétravaillables. C’est précisément pourquoi cette mesure ne peut pas être la seule réponse. Les salariés des ateliers et tous ceux dont le poste impose une présence physique ne doivent pas être laissés de côté. Ils doivent pouvoir bénéficier d’une compensation adaptée.
Troisièmement, l’étude d’une semaine de quatre jours avec un système de roulement.
Pour les activités qui nécessitent une présence sur site, nous demandons d’étudier une organisation permettant de réduire d’une journée par semaine les trajets domicile-travail, tout en assurant la continuité de la production et des services.
Nous insistons sur un point essentiel : cette organisation doit s’accompagner d’une réduction négociée du temps de travail effectif. Il n’est pas question de concentrer cinq jours de travail sur quatre journées excessivement longues, au détriment de la santé, de la sécurité et des conditions de travail des salariés.
Ces trois propositions sont complémentaires. Le télétravail peut réduire les déplacements pour certains salariés, le roulement sur quatre jours peut permettre d’en réduire le nombre pour certaines activités, et l’indemnité de déplacement doit apporter une réponse financière à ceux qui restent contraints de venir travailler sur site.
Mais il faut également replacer cette urgence dans son contexte : celui du pouvoir d’achat des salariés.
Pour 2026, les augmentations générales chez Dassault Aviation étaient de 0,7 % à compter du 1er juin. Dans le même temps, le SMIC a progressé d’environ 3,6 % selon notre référence pour 2026. Cela illustre le décalage entre les augmentations générales accordées et l’évolution des rémunérations les plus basses.
Et la situation ne s’arrête pas là. Les derniers chiffres définitifs publiés par l’Insee le 15 octobre indiquent que les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre 2026. Les prix de l’énergie ont, quant à eux, progressé de 21,3 % sur un an, tandis que les prix des produits pétroliers ont augmenté de 36,2 %.
Ces chiffres montrent bien que la pression sur le budget des ménages ne se limite pas au carburant. L’alimentation, le logement, l’énergie et les autres dépenses courantes pèsent également sur les finances des salariés. Et maintenant, la hausse du carburant vient encore aggraver cette situation pour ceux qui doivent prendre leur véhicule pour travailler.
La CGT a contesté la méthode retenue lors des NAO, qui se réfère à l’inflation passée alors que les salariés doivent faire face aux prix qu’ils paient aujourd’hui. D’autres organisations syndicales ont accepté le cadre de négociation retenu ; ce n’était pas notre position.
Nous sommes donc confrontés à une double difficulté : des augmentations salariales qui ne suivent pas suffisamment l’évolution du coût de la vie et une hausse supplémentaire du carburant qui frappe directement ceux qui doivent se déplacer pour travailler.
C’est précisément pour cette raison que nous demandons aujourd’hui une compensation spécifique des frais de déplacement, sans attendre les prochaines négociations salariales. Les salariés ne peuvent pas être les seuls à supporter les conséquences de cette situation.
Nous attendons maintenant de la Direction des réponses précises sur chacune de nos trois propositions : leur faisabilité, les modalités envisagées et le calendrier de mise en œuvre. Une étude peut être nécessaire, mais elle doit être assortie d’une échéance et d’un engagement de suivi. Les salariés supportent déjà ces dépenses supplémentaires depuis des mois ; ils ne peuvent pas attendre une hypothetique prochaine négociation NAO ne s’appliquant qu’n juillet 2027.
Pour conclure, nous ne demandons pas un simple constat de la situation. Nous demandons des mesures concrètes, une compensation financière et des engagements. La hausse du carburant est immédiate, son impact sur le budget des salariés est réel, et la réponse doit être à la hauteur de cette urgence.
Il appartient maintenant à la Direction de prendre ses responsabilités et de proposer des solutions permettant de protéger le pouvoir d’achat des salariés de Dassault Aviation Cergy.

