Monsieur le président,
L’ordre du jour de ce CSEC prévoit l’analyse des comptes prévisionnels 2026. Sans anticiper sur ces données confidentielles, les derniers résultats semestriels publics donnent déjà la mesure de la réussite financière du groupe.
Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires atteint 4,157 milliards d’euros, en hausse de 46 %. Le résultat net ajusté grimpe à 496 millions d’euros, contre 386 millions un an plus tôt, et la trésorerie disponible dépasse les 10 milliards d’euros au 30 juin.
Ces résultats font le bonheur des actionnaires et des dirigeants, mais qu’en est-il des salariés qui créent ces richesses ? Des centaines de millions d’euros de dividendes pour les actionnaires, des actions gratuites pour les dirigeants et des milliards engloutis dans les rachats d’actions suivis de leur annulation.
Depuis 2014, plus de 3 milliards d’euros ont ainsi été consacrés aux opérations de rachats-destruction d’actions.
Pour les actionnaires et les dirigeants, la vie est belle ! Pour les salariés, c’est une autre histoire. Chaque jour, beaucoup doivent arbitrer entre la qualité de la nourriture et la quantité de gasoil dans le réservoir. Si, dans les ateliers, beaucoup en sont réduits à manger à la gamelle, ce n’est pas par plaisir. Et à ces choix du quotidien s’ajoutent les horaires décalés, les cadences toujours plus élevées et les samedis travaillés à répétition.
Voilà le véritable partage des richesses chez Dassault Aviation : le luxe et les rémunérations indécentes au sommet, les sacrifices à la base ! Les avions ne se fabriquent pourtant pas dans les salons des conseils d’administration, mais grâce au travail des salariés.
Les NAO 2026 n’ont accordé que 0,7 % d’augmentation générale aux classes d’emploi A à E, bien loin de compenser l’inflation. La Direction porte la responsabilité de cette situation, mais la CFDT, la CFE-CGC et l’UNSA ont choisi de la cautionner en signant l’accord.
Dans le même temps, 371 millions d’euros de dividendes sont proposés aux actionnaires au titre de 2025, et les deux dirigeants encaissent plus d’un million d'euros par mois chacun. Pour eux, les richesses sont au rendez-vous… pour les salariés, il faudrait se contenter de 20 € !
Face à la flambée des carburants, la CGT exige des mesures immédiates, notamment une indemnité de déplacement tenant réellement compte des trajets domicile-travail. Nous revendiquons également des augmentations générales de salaire à la hauteur des richesses créées et des résultats de l’entreprise.
Contrairement à la participation et à l’intéressement, le salaire de base finance durablement notre protection sociale : Sécurité sociale, retraites, assurance chômage. Augmenter les salaires, c’est aussi renforcer nos droits sociaux et notre système de solidarité collective. Les primes ne remplacent pas le salaire : elles ne garantissent ni les mêmes cotisations sociales ni les mêmes droits pour l’avenir.
Nos salaires doivent augmenter durablement : pour vivre dignement aujourd’hui et garantir notre protection sociale demain !
EMPLOI : RENFORCER LES EQUIPES, PLUTOT QU’EPUISER LES EQUIPES !
Les recrutements de ces dernières années restent insuffisants face à une charge de travail inédite.
Pour tenir les objectifs, on demande toujours plus aux équipes, on multiplie les heures supplémentaires et on recourt à l’intérim et à la sous-traitance.
Cette fuite en avant ne peut pas tenir lieu de politique industrielle. Il faut embaucher davantage en CDI, anticiper les besoins et mieux transmettre les compétences.
TEMPS DE TRAVAIL : LES PROMESSES DES DIRIGEANTS, LES SACRIFICES DES SALARIES !
Les cadences augmentent et les mêmes recettes sont ressorties : travail en 2x8, heures supplémentaires et samedis imposés dans plusieurs établissements jusqu’à la fin de l’année. Les fins d’année se suivent et se ressemblent !
Il faut livrer les avions promis aux clients, coûte que coûte. Les promesses commerciales sont faites au sommet, mais ce sont les compagnons des ateliers qui en paient le prix.
Certains se lèvent à 4 heures du matin une semaine, rentrent à minuit la suivante et travaillent parfois six jours sur sept jusqu’à Noël. Et après cela, on leur expliquera encore qu’il faut faire preuve d’engagement et d’esprit d’entreprise !
La santé des salariés n’est pas une variable d’ajustement. Ces organisations deviennent insoutenables lorsqu’elles sont prolongées pendant des mois.
La CGT propose une autre voie : la semaine de quatre jours, défendue localement dans plusieurs établissements. Il ne s’agit pas de concentrer le même temps de travail sur des journées interminables, mais de négocier une réduction du temps de travail effectif et une organisation adaptée aux activités.
Il est temps d’étudier sérieusement cette proposition, de mieux répartir le travail et d’embaucher à la hauteur des besoins plutôt que d’épuiser les équipes pour tenir des promesses faites par d’autres.
LES RICHESSES PRODUITES DOIVENT REVENIR A CEUX QUI LES CREENT !
Les résultats sont excellents, les actionnaires sont servis et les dirigeants ne sont pas oubliés. Pourtant, les salariés doivent se battre pour obtenir des augmentations décentes, payer leurs déplacements et préserver leur santé.
La CGT refuse cette logique. L’argent existe, les besoins existent et les compétences existent. Ce qui manque, c’est la volonté de faire passer les salariés avant les intérêts financiers. Il est temps que les richesses produites par les travailleurs leur reviennent, plutôt que de continuer à gaver les actionnaires et les dirigeants !
Dans cette déclaration, il aurait été également intéressant d'évoquer le Make In India, récemment évoqué en Commission Économique mais dont les zones d'ombres sont encore trop nombreuses mais aussi le traitement des procédures de non-conformité, verrouillé par votre direction des ressources humaines, notamment les derniers cas marquants en date, à savoir les situations de Cergy, d'Anglet et, bien évidemment, de Mérignac.
Nous aurons l'occasion de revenir sur ces sujets dans les mois à venir.


