Déclaration des élus CGT Comité Social et Économique Central Mardi 7 juillet 2026

06/07/2026


Monsieur Trappier,


Ce CSEC intervient dans à un moment particulier, à la fois pour l’avenir industriel de Dassault Aviation et pour la situation sociale des salariés.


L’abandon du SCAF par l’Allemagne est venu confirmer des inquiétudes que la CGT exprimait depuis plusieurs mois. Ce projet s’est progressivement fragilisé, pris entre des divergences industrielles, des désaccords politiques et une absence de vision réellement partagée. Lorsqu’un projet stratégique perd sa cohérence et sa maîtrise, il devient instable, et à terme, il échoue. Cet épisode doit servir de leçon : notre avenir industriel ne peut pas dépendre de montages fragiles ou de compromis permanents.


Dans ce contexte, la perspective du SCANF ouvre une nouvelle phase. La question est simple : tirer les leçons du passé et faire des choix clairs. Un programme de nouvelle génération ne peut réussir que s’il repose sur une maîtrise industrielle forte, sur des responsabilités clairement définies et sur une vision cohérente dans la durée.


Le SCANF, tel que nous le portons, c’est un système de combat aérien de la nouvelle France, c’est-à-dire un programme pensé pour répondre à un monde qui a profondément changé. Dans un environnement international instable, où les alliances évoluent et où les intérêts nationaux reprennent toute leur place, la question de la souveraineté redevient centrale. La souveraineté, ce n’est pas un slogan : c’est la capacité à décider, à concevoir et à produire sans dépendre des choix des autres. C’est exactement ce que doit permettre un projet comme le SCANF.


L’expérience du Rafale est à ce titre éclairante. Dans les années 1980, la France a fait le choix de développer seule cet avion, dans un contexte déjà marqué par des coopérations incertaines. Ce choix a été contesté, mais il s’est révélé déterminant. Aujourd’hui, le Rafale est un succès industriel majeur, structurant pour l’emploi et pour toute la filière. Cette réussite repose sur un principe simple : la maîtrise. C’est ce principe qui doit guider les décisions à venir.


Porter un projet comme le SCANF ne relève pas d’une logique de militarisation. Il s’agit de garantir une capacité de décision autonome dans un environnement instable. Un pays qui maîtrise ses choix industriels et technologiques conserve sa capacité d’initiative.


Dans le même temps, sur le terrain, la mobilisation des salariés est particulièrement forte. En production, les compagnons répondent aux exigences industrielles, avec des heures supplémentaires et des organisations en 2x8 largement développées. Ces organisations sont connues et souvent choisies, notamment parce qu’elles permettent une meilleure rémunération.


Mais chacun sait aussi ce qu’elles impliquent : des rythmes soutenus, une fatigue réelle, et une usure progressive des organismes. Les compagnons en ont pleinement conscience. Ce qu’ils demandent, ce n’est pas de remettre en cause ces organisations, mais que cet engagement et cette pénibilité soient reconnus et rémunérés à leur juste valeur dans la durée.

La CGT souhaite également attirer l'attention de la direction sur les conditions de travail en période de fortes chaleurs. Depuis plusieurs semaines, particulièrement dans le Sud-Ouest, les salariés des ateliers comme des bureaux sont confrontés à des températures particulièrement élevées.


La CGT rappelle que l'employeur a l'obligation de garantir la santé et la sécurité des salariés. C'est pourquoi nous demandons qu'aucun salarié ne soit présent dans les ateliers et les bureaux entre 12 h et 22 h lorsque les conditions climatiques ne permettent plus de travailler en toute sécurité.

Si demain un drame survient faute de mesures adaptées, la responsabilité de la direction sera pleinement engagée.

Sur le plan social, la CGT a demandé par courrier du 24 juin l’ouverture d’une négociation salariale complémentaire pour 2026. Cette demande est simple et s’inscrit dans une pratique qui a déjà existé dans l’entreprise lorsque la situation l’exigeait.

Aujourd’hui, l’augmentation générale de 1 % appliquée en 2026 apparaît insuffisante. L’écart atteint désormais 2,58 %, soit environ 64 euros par mois pour un salarié non-cadre autour de 2 500 euros nets. Cet écart est concret, mesurable, et il est ressenti au quotidien.
Dans le même temps, l’entreprise connaît une activité soutenue et des résultats élevés. Cette performance repose directement sur le travail des salariés, sur leur engagement et sur leur capacité à tenir les objectifs industriels. Dans ce contexte, la question de la reconnaissance salariale se pose de manière légitime.

La CGT tient également à rappeler des principes simples. Le calendrier des négociations ne peut pas être continuellement décalé au détriment des salariés. De la même manière, la rétroactivité des mesures salariales ne peut pas devenir un sujet d’incertitude. Le travail est réalisé tout au long de l’année, la reconnaissance doit s’inscrire dans ce même cadre.
Monsieur Trappier, sur le SCANF comme sur les salaires, les décisions à venir sont structurantes, pour l’avenir industriel de l’entreprise comme pour la confiance des salariés.
La CGT continuera à porter une ligne claire : une maîtrise industrielle forte et une reconnaissance concrète du travail des salariés.

La richesse ne se décrète pas, elle se produit. Et ceux qui la produisent doivent en être les premiers bénéficiaires.

Quand le travail est au rendez-vous, les droits et les salaires doivent l’être aussi.


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