Déclaration des élus CGT Comité Social et économique Central 10 février 2026

10/02/2026


Monsieur Trappier,

 

Nous sommes réunis aujourd’hui dans un contexte international d’une gravité exceptionnelle. Partout dans le monde, les conflits se multiplient, les tensions géopolitiques s’aggravent et les budgets militaires explosent. La planète semble s’installer durablement dans une logique de guerre.

De l’Ukraine à l’Asie, de l’Arctique à l’Amérique du Sud, les foyers de tensions se renforcent. Les grandes puissances investissent massivement dans leurs industries de défense et l’économie mondiale se réorganise autour de conflits qui s’annoncent durables.

Dans ce contexte, Dassault Aviation occupe une place centrale. Les commandes militaires affluent, les cadences s’accélèrent et le Rafale s’impose comme une référence mondiale. Notre entreprise est aujourd’hui un pilier de la souveraineté militaire française et européenne. La crédibilité de notre défense repose largement sur la qualité des avions qui sortent de nos usines.

Mais la CGT tient à rappeler une évidence trop souvent oubliée : ces avions sont fabriqués par des femmes et des hommes. Compagnons, techniciens, ingénieurs, salariés de tous métiers, ce sont eux qui conçoivent, produisent, assemblent et maintiennent ces appareils. Sans leur travail, il n’y a ni souveraineté, ni défense nationale, ni indépendance stratégique. La CGT ne soutiendra les projets futurs, SCAF ou autres, que s’ils garantissent le maintien des savoir-faire et des emplois en France.

La France peut assurer sa défense tout en garantissant des services publics de qualité, une protection sociale solide, un système de santé performant et une école ambitieuse. L’argent existe. Le véritable problème, c’est la manière dont les richesses sont réparties.

Dans ce contexte international tendu, la CGT est très claire : la guerre ne peut pas servir de prétexte au recul social. Elle ne peut justifier ni la modération salariale ni les sacrifices imposés aux salariés pendant que les profits explosent.

La situation globale de l’entreprise reste pourtant très favorable : commandes publiques massives, budgets militaires en forte hausse, soutien politique constant. Monsieur Trappier, cette situation vous confère une responsabilité sociale particulière, d’autant plus que la mobilisation dans les ateliers est aujourd’hui exceptionnelle. Les heures supplémentaires se multiplient et le travail en équipes, notamment en 2x8, est devenu la norme.

Cette mobilisation permet d’atteindre des niveaux de production inédits et des résultats financiers records. Mais elle a un coût. La fatigue s’installe, les équilibres de vie sont fragilisés et les organismes sont mis à rude épreuve. Un tel rythme ne peut être qu’exceptionnel. Une industrie de défense solide repose sur des équipes stables, reconnues, correctement dimensionnées et capables de tenir dans la durée.

La CGT le dit clairement : il n’est ni juste ni acceptable que la richesse produite par les salariés profite d’abord aux actionnaires pendant que les conditions de travail se dégradent. Les salariés ne peuvent pas être à la fois le moteur de la performance et les oubliés du partage des richesses.

Dans ce contexte de forte activité, la CGT rappelle également sa position sur le calendrier social. Nous refusons le report des négociations annuelles obligatoires au mois de mars. Ce glissement pénalise directement les salariés en retardant la reconnaissance salariale, alors même que l’entreprise tourne à plein régime.

Nous refusons aussi que la rétroactivité des augmentations devienne un outil de chantage. Le travail est réalisé dès janvier, la richesse est produite dès janvier : la reconnaissance salariale doit donc être immédiate. La CGT revendique des NAO à la hauteur de l’investissement exceptionnel des salariés. Le « point de référence » de 0,7 % évoqué récemment constitue d’ores et déjà un véritable affront.

L’économie de guerre ne doit pas devenir une économie de rente pour quelques-uns et de sacrifices pour le plus grand nombre. Si les commandes, les cadences et les bénéfices augmentent, il est normal que les salariés en bénéficient dans leur salaire. La richesse produite doit être partagée.

 La CGT souhaite également alerter sur la situation préoccupante de la filière Falcon. Comment expliquer les difficultés industrielles du Falcon 2000, alors qu’il y a quelques années nous livrions quatre à cinq avions par mois ? Le Falcon 6X nécessite près de trois fois plus de temps de production, tandis que le Falcon 10X accumule retards et difficultés, notamment du fait des défaillances d’Airbus Atlantic. Malgré cela, la CGT reste convaincue que, avec les moyens nécessaires, les salariés sauront atteindre les objectifs fixés.

Dans le contexte actuel, nos revendications historiques (salaire, emploi, temps de travail) sont donc plus que jamais d’actualité. Elles impliquent une politique salariale ambitieuse, un plan massif d’embauches, une réduction de la sous-traitance et de l’intérim, ainsi que l’ouverture de négociations sur l’organisation du travail, la pénibilité, la reconnaissance des qualifications et la préretraite Dassault.

Monsieur Trappier, dans un monde qui s’arme, la CGT continuera à défendre la paix. Dans une économie de guerre, la CGT continuera à défendre la justice sociale. Dans une entreprise stratégique comme la nôtre, la CGT continuera à défendre celles et ceux qui la font vivre.


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