Comme chaque année au printemps, les entreprises communiquent sur l’intéressement, la participation ou encore les primes dites de « partage de la valeur ». Présentées comme une reconnaissance de la performance des salariés, ces annonces peuvent donner le sentiment d’un gain de rémunération. Mais derrière cette communication, une réalité s’impose : ces dispositifs éphémères ne remplacent pas une véritable augmentation du salaire de base. Contrairement au salaire, les primes restent aléatoires. Elles dépendent des résultats de l’entreprise, peuvent varier d’une année à l’autre, et ne sont jamais garanties. Surtout, elles ne sont pas intégrées au salaire de base, ne comptent pas pour la retraite et ne contribuent pas au financement de notre Sécurité sociale. Finalement, une prime ce n’est pas une
augmentation de salaire ! D’ailleurs, des études montrent qu’il existe un effet de substitution. En effet, lorsqu’une entreprise met en place des dispositifs avec des primes d’intéressement ou de partage de la valeur, elle a tendance à limiter en parallèle les augmentations de salaire. Autrement dit, une partie de ce que les travailleurs perçoivent en primes est en réalité compensée par une moindre augmentation du salaire de base, ce qui a conduit finalement vers une stagnation de la rémunération. Source : note n°79 du CAE en 2023. Dans le même temps, nous le constatons toutes et tous au quotidien, le coût de la vie explose. Le prix du carburant atteint des niveaux stratosphériques et pour beaucoup d’entre nous, il n’existe pas d’alternative autre que la voiture pour se rendre au travail. Les plus précaires n’arrivent plus à payer leur carburant pour se déplacer avec leur voiture, certains sont obligés d’arrêter de travailler car ils n’ont plus les moyens de payer leur essence pour se rendre au travail.
Ces dépenses ne sont pas compressibles et profitent majoritairement aux grands groupes pétroliers comme Total. La hausse du carburant se répercute aussi sur le prix de nos denrées alimentaires mais également sur le gaz et l’électricité. Face à ces hausses, les salaires stagnent. Résultat : les primes deviennent un palliatif, alors qu’elles ne règlent rien sur le fond.
Pas de manière ponctuelle, pas sous forme de primes, mais de façon durable, à travers le salaire de base. Un salaire, c’est ce qui permet de vivre dignement aujourd’hui, mais aussi de construire ses droits pour demain. Un salaire c’est invariable et c’est sur lui que reposent les cotisations sociales, les retraites et l’ensemble de notre modèle social. Dans un contexte d’inflation persistante, en mars 2026, les prix à la consommation augmentent de 1,7 % sur un an, après +0,9 % en février. Le salaire a besoin d’être soutenu pour maintenir sa dimension protectrice afin de garantir le niveau de vie. Il est urgent de remettre sur la table une mesure simple et efficace qui a déjà fait ses preuves dans le passé : l’échelle mobile des salaires qui était une réalité en France jusqu’en 1982 ! Avant qu’il ne soit aboli, ce dispositif prévoyait que l'ensemble des salaires soient automatiquement revalorisés en fonction des hausses de prix. Durant cette période, nul besoin de négocier son salaire
pour maintenir son niveau de vie c’était la loi qui l’assurait. Les négociations salariales servaient uniquement pour améliorer le niveau de vie des travailleurs et
correspondre avec l’élévation du niveau de qualification. C’est au nom de la sempiternelle compétitivité que le gouvernement, en 1982, met fin à cette revalorisation
automatique. Dorénavant, seul le SMIC bénéficie de cette protection. Il n’en fallait pas plus pour que le patronat se saisisse pleinement de ce nouvel espace pour mettre en place des politiques de modération salariales sans précédent. Le résultat est donc sans ambigüité puisque que, depuis 40 ans, le salaire médian a progressé bien moins vite que le SMIC. Pour remettre en place l’échelle mobile des salaires, il faut que l’Assemblée nationale vote son retour dans la loi. Si les forces progressistes de gauche soutiennent la revendication de la CGT, nous ne pouvons pas dire de même du centre, de la droite ou de l’extrême droite. La conquête de nouveaux droits se fait dans l’entreprise mais aussi dans les urnes. Le bulletin de vote est une arme contre le capitalisme soutenue par toute la droite et l’extrême droite !
Un salaire socialisé est garanti, reconnu et durable.
Il ouvre des droits et protège dans le temps. Une prime, au contraire, reste incertaine, temporaire et
sans impact réel sur les conquis sociaux (Sécurité sociale, retraite, chômage …).
Confondre les deux, c’est accepter une dégradation progressive de nos conditions de vie.
Certaines primes peuvent être mises en place unilatéralement par l’employeur.
Mais les salaires, eux, ne progressent que lorsque les salariés s’organisent et se mobilisent.
C’est collectivement qu’il est possible de gagner des avancées !